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Origine de la fête du Christ Roi de l’Univers (EPISTOLA du dimanche 26 novembre 2023)

C’est en 1925 que le pape Pie XI a institué cette fête, par l’encyclique « Quas Primas ». Le contexte de l’époque était celui d’une société de plus en plus laïcisée, marquée par la montée de l’athéisme, et avec comme conséquence une perte d’influence de l’Église. Le pape a voulu réaffirmer, à travers cette fête, la royauté du Christ sur la société. L’idée était de protester contre le recul du pouvoir de l’Église et de rappeler que le Christ doit régner sur la société.

À l’origine, la fête du Christ Roi apparaissait donc comme revendicatrice d’une place pour la religion dans l’espace public. Et le choix de textes liturgiques de l’époque était ajusté à cette idée exaltant une royauté temporelle du Christ, appelé “Prince de tous les siècles”, “Roi des nations”. On attendait des dirigeants politiques qu’ils rendent au Christ un “culte public”. La messe du Christ Roi comportait, à cet effet, une lecture de la lettre aux Colossiens (Col 1, 12-20), qui présente le Christ comme souverain de toute la création et l’Évangile était celui de la Passion selon Saint Jean (Jn 18, 33-37), avec le dialogue entre Pilate et Jésus et dans lequel celui-ci déclare : "Ma royauté n'est pas de ce monde".

Mais c’est après le Concile Vatican II que cette fête va connaître une profonde transformation, à la faveur de l’aggiornamento, c’est-à-dire cette "mise à jour" prôné par ce concile. L’Église prend acte de la juste autonomie du politique et du religieux, deux sphères qu’il importe de ne pas confondre. Désormais intitulée “Fête du Christ Roi de l’univers”, elle a été recentrée sur le mystère pascal, c’est-à-dire la Passion et la Résurrection du Christ.

C’est ainsi que les textes liturgiques actuels devenus plus nombreux que par le passé insistent sur le fait que la royauté du Christ découle de sa mort en croix. Ils soulignent aussi la dimension eschatologique de cette fête, c’est-à-dire tournée vers la fin des temps où le Christ reviendra dans sa gloire. La royauté du Christ n’est plus perçue comme un pouvoir temporel mais comme la promesse d’un règne à venir, spirituel et universel.

En ouvrant votre lectionnaire du dimanche, vous remarquerez, par exemple, que pour l’année A, l’Évangile est celui du jugement dernier en Mathieu 25, où le Christ apparaît comme un berger séparant brebis et chèvres. L'évangile de l’année B tiré du texte de Saint Jean au chapitre 18 met l’accent sur la différence entre la royauté de Jésus et celles de ce monde. Sa royauté accomplit la prophétie de Daniel sur le Fils de l'homme. L'année C, avec l’évangile de Saint Luc au chapitre 23 se concentre sur Jésus crucifié, dont la royauté paradoxale est annoncée au bon larron. Celui-ci demande à Jésus de se souvenir de lui dans son Règne, mais Jésus lui répond qu'il sera avec lui aujourd'hui même dans le Paradis.

Comme on peut alors le constater, chaque année liturgique met donc en lumière un aspect de la royauté du Christ : berger eschatologique, accomplissement des prophéties, roi paradoxal révélé sur la Croix. Elle prend acte de la sécularisation de la société et ne prétend plus exercer un pouvoir temporel.

Toutefois, c’est la préface liturgique de cette messe du Christ Roi qui met davantage en exergue ce lien essentiel entre la royauté du Christ et le mystère pascal. En effet, partant de la consécration du Fils unique comme « Prêtre éternel » et « Roi de l'univers », elle manifeste que la royauté du Christ résulte, non de la volonté des hommes, mais de la Pâque du Fils : « Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l'univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu'il s'offre lui-même sur l'autel de la Croix en victime pure et pacifique, pour accomplir les mystères de notre rédemption, et qu'après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette aux mains de ta souveraine puissance un règne sans limite et sans fin : règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix ».

Finalement ce réajustement doctrinal et liturgique témoigne, à sa manière, du chemin parcouru par l’Église catholique vers une juste autonomie du politique et du religieux. Et c’est tout bénef !

Abbé Roger GOMIS