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LE VERDICT EST TOMBÉ MAIS LA VEILLE CONTINUE!

Le verdict a été rendu public hier sur l'affaire Imam Galadio KÂ contre le Collectif des Veilleurs à travers ces termes qu’on reconnaît à la justice : le tribunal rejette les exceptions soulevées par M. Galadio KÂ. Le déclare coupable des faits qui lui sont reprochés. Le condamne à 06 mois assortis de sursis outre la somme de 100.000 F CFA d’amende ferme.

Déclare irrecevable la constitution de partie civile de M. Ephrem Manga et autres.

Le parquet requérait 2 ans de prison dont 6 mois ferme contre l’imam.

Qui va encore doûter de ce que le combat était citoyen après un tel verdict ?

Comme le fort du concitoyen sénégalais est de se lancer dans l’exercice de commentaire d’articles seulement après lecture du titre, restons fiers à la règle pédagogique de la répétition en revenant sur les faits.

Le samedi 8 septembre 2018, lors de l’évènement dénommé « 22ème Conférence Annuelle de Gorée », le mis en cause a tenu les propos suivants dans une vidéo dont séquences décriées :

  • à 13min44sec : « on dit que nous sommes 14 millions de sénégalais actuellement ? Les 95% prononcent la shahada … 95%... donc 5%... ! »
  • à 14min00sec : « ces 5% ont légalisé l’alcool, l’adultère, l’homosexualité, l’illicite, la danse… ils ont légalisé le fait de faire tout ce qui leur plait. »
  • à 14min15sec : « cette loi, c’est ‘’eux’’ ! »
  • à 14min33sec : « 95%... Toi (s’adressant au public), tu es convaincu que l’alcool est interdit ! Le mensonge est interdit ! Le vol est interdit ! L’adultère est interdit ! le fait de parler dans le dos des autres est interdit ! Qu’as-tu fait pour que cela arrive ? Qu’as-tu fait ? »

Même si beaucoup de musulmans ne se sont pas retrouvés dans les dires de l’imam, il ne s’est pas pour autant retrouvé sans défenseurs et partisans. Ce qui l’a certainement conforté dans son obstination à ne pas présenter d’excuses.

C’est ainsi qu’il sera traîné à la barre par un groupe de citoyens parmi lesquelles des chrétiens, des musulmans, des adeptes de la religion traditionnelle etc., pour ce qu’il qualifie comme « une insulte commise par le biais d’un système informatique envers une personne en raison de son appartenance à un groupe qui se caractérise par la race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique ou la religion ou envers un groupe de personnes qui se distingue par une de ces caractéristiques (Article 431-43 de la Loi-n°-2016-29-du-08-novembre-2016-modifiant-la-loi-n°-65-60-du-21-juillet-1965-portant-Code-pénal).

Depuis le début, le combat a été un combat d'opinion pour éviter tout détournement des objectifs visés par le groupe qui a trouvé utile pour cette fois ci de taper sur la table et d'alerter les consciences.

Mais tous ont-ils compris?  Peu importe aujourd'hui! Car ayant connu de l'affaire et par la suite donné un verdict le tribunal a fini de trancher sur le débat puéril que de mal intentionnés ont voulu entretenir.

"c’est une affaire entre un citoyen qui s’est arrogé la liberté d’en insulter d'autres qui ont pris ombrage de ce qu’ils ont été insultés et qui ont décidé de porter plainte." disait le Président du Collectif M. Maurice Coulibaly. Avant de rajouter  qu'en République il revient à la justice de connaître des affaires opposant les citoyens.
En effet, qu’est l'imam Galadio KÂ, que sont les membres du collectif, sinon tous de simples citoyens sénégalais comme le président de la République d’ailleurs et aussi ceux-là investis du pouvoir de faire voter les lois et les autres qui veillent à leur application et aux sanctions en cas de violation.

Ce qu’on ne dira que peu par contre dans cette affaire, surtout venant de voix autorisées et attendues en vain sur cette question, c’est le mérite du collectif. Chacun a porté plainte individuellement et répondu aux convocations pour les besoins de l’enquête. Ils ont tenu forts devant les tentatives de manipulation visant à fragiliser leur groupe mais surtout à les présenter comme des personnes mettant à mal le vivre-ensemble séculaire dont s’enorgueillissent les populations de notre pays. Ils ont pu tenir parce que leur combat servait la vérité. Le mérite aussi revient à tous ceux qui ont soutenu ce combat, moralement et financièrement. Vous avez, par votre action, montré votre engagement à œuvrer pour un Sénégal d’un dialogue vrai et sincère, un Sénégal riche d’une acceptation des différences de ses enfants ; différence de croyances, différence d’ethnies, différences d’opinions.

Plusieurs appels ont été lancés pour un pardon par charité. Il est ici important de partager avec vous une belle réflexion du Pape sur cette question de la charité.

Dans sa nouvelle encyclique le Pape François nous dit que : « La charité est au cœur de toute vie sociale saine et ouverte. Cependant, aujourd’hui, « il n’est pas rare qu’elle soit déclarée incapable d’interpréter et d’orienter les responsabilités morales».[175] Elle est bien plus qu’un sentimentalisme subjectif si elle est unie à l’engagement envers la vérité, de sorte qu’elle ne soit pas « la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ».[176] Précisément, sa relation avec la vérité permet à la charité d’être universelle et lui évite ainsi d’être « reléguée dans un espace restreint et rationnellement appauvri »[1].

Il nous faut aujourd’hui faire attention à ce pardon au nom de la charité auquel on nous appelle et qui n’est en réalité que l’absence de courage et en plus clair une fuite en avant. « La charité trouve sa joie dans ce qui est vrai »[2].

Et d’ailleurs c’est leur faire un mauvais procès que de dire qu’ils (le collectif des veilleurs) ont écarté la voie du pardon, du dialogue et de la médiation. Et même penser qu’ils auraient sauté de joie si la peine était privative de liberté. Seulement avant de pardonner et particulièrement dans cette affaire, il fallait pardonner à quelqu’un ?

Dans le verdict il est mention du rejet par le juge des exceptions soulevées par le Sieur K ? Devant qui allait-il admettre avoir tort ?

Le verdict est tombé mais la veille continue !

Nous assistons tous dernièrement à des écarts de propos dans divers domaines certes, mais celui de la foi étant très sensible, cristallise le plus les intérêts.

On entend du tout vu la course au buzz, les micros tenus par n’importe qui et aussi tendu au premier venu ; sans compter le coup d’accélérateur que les réseaux sociaux constituent pour tout amener partout en juste quelques touches de doigts.

Le principal danger reste tout de même l’ignorance. Les propos de M. KÂ comme ceux de M. Gueye de Jamra qui ont fait polémique montrent leur manque criard de connaissances des autres religions. Dès lors qu’est-ce qu’il faut attendre d’eux et des autres qui leur ressemblent sur la construction et l’entretien des bases d’un commun vouloir de vivre ensemble ?

Notre Vivre ensemble est mis à rude épreuve, il faut le reconnaître mais sans crier fort. Car il s’agit d’un phénomène normal pour les humains que nous sommes et qui désirons faire et être société. Seulement, si en plus de la  proximité et de la parenté il y a eu ce que nous connaissons aujourd’hui comme lois pour rendre effective notre nation, il faut savoir que c’est un combat qu’il y a eu derrière. Si une tendance est à fragiliser l’existant c’est également un combat. Alors toute conviction de devoir défendre, améliorer ou consolider l’existant est tout aussi un combat.

Dès lors, gagner ou perdre n’est pas important tant que l’on respecte l’humain et les lois établies. Mais ne pas mener le combat est une marque d’irresponsabilité dont un pardon _en tout cas venant des hommes_ ne nous absoudrait point. 

Pour la liberté, la justice, l’égalité, la lutte se fait au quotidien.

Alors veilleurs, pour le bien de ce pays et de ses habitants, veillons !

 

[1]Fratelli Tutti du Pape François, page 50 ; Amour Fraternel, 184.

[2] Caritas in veritate du Pape Benoît XVI, (1 Co 13, 6).