Image

Trinité et humanité : Mystère d’amour. Père Jules Joseph DIEDHIOU, OMI

La Trinité sainte se présente comme ce mystère qui nous réfère à Dieu un et Trine. Et l’humanité quant à elle, nous met en contact avec la pâte humaine voulue et créée par Dieu lui-même. Conscient que Dieu est amour et que tout ce qu’Il créé l’est par amour, nous découvrons qu’il se révèle comme mystère d’amour. Ainsi Réfléchir sur la Trinité n’est pas une tâche facile, et surtout quand nous voulons penser et le comprendre  par le seul moyen de la rationalité. En effet, La Trinité est un mystère compréhensible, mais bien qu’immense et inépuisable. Nous ne pouvons penser le Dieu Un et Trine qu’à partir de la Révélation, qui trouve son accomplissement en Jésus Christ et par l’envoi du Saint Esprit .Cependant quel est l’enjeu théologique et moral du mystère de la Trinité ? Quelle  articulation pouvons-nous faire entre Trinité et  humanité. Pour une bonne intelligibilité de notre réflexion, nous ferons abstraction de toute spéculation de ce grand mystère, pour parler en terme pratique, concret et accessible  de ce qu’est la Trinité.

Tout le Mystère de la Trinité peut se résumer dans ce verset biblique : « Dieu est amour » (1Jn, 4-8). L’amour est ce qui constitue son être. C’est par amour, qu’il crée le monde, l’homme et de tout ce qui existe. Par amour qu’Il est en relation, Père, Fils et Esprit Saint (Cf. Jn14, 21-26). La Trinité est mystère de communion par essence. Le Père est en parfaite communion avec le Fils, de  cette communion découle l’Esprit saint, qui est le fruit de l’amour divin. C’est dans la force et la toute-puissance de son amour, qu’Elle se révèle à l’humanité pour lui renouveler sa vocation de salut, c’est-à-dire la vie en communion avec Dieu.

Le mot Trinité n’existe pas dans la Bible, mais elle est une réalité qui se dévoile intelligiblement. Ce mot, tel que nous l’avons, fut employé de façon officielle par Saint Athanase. Dans la Tradition de l’Eglise, on invoque les personnes de la Trinité Sainte pour se signer, aussi pour le Baptême conformément à la consigne du Christ lors de l’envoi en mission de ses disciples (Mt 28, 19). Saint Paul L’invoque dans ses lettres  en des termes tels que: « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communion de l’Esprit Saint soit avec vous » (2Co13). Pour parler de la Trinité  et de la mission des trois personnes dans l’économie du salut, les Pères de l’Eglise pensaient : Avec l’Ancien Testament, c’est la mission du Père, avec le Nouveau Testament, c’est la mission du Fils, et avec le temps l’Eglise, c’est la mission du Saint Esprit.  Le dogme de la trinité fut promulgué lors du Concile de Constantinople en 381.

Croire en la Trinité, c’est affirmer donc que Dieu est amour, et s’Il est amour, il n’est pas solitaire, mais il n’est pas non plus subdivisé. [1]La foi chrétienne croit que Dieu est capable d’engendrer sans se défaire, de se donner sans pour autant s’appauvrir, de se distribuer sans se casser. C’est parce qu’Il  est communion et se communique Lui-même. Ouvert à sa créature voulue et créée par amour, il communique l’amour, bien sûr sans se vider.

            En conséquence quel est le sens et l’enjeu  de la Trinité pour l’humanité ? La Trinité nous rappelle notre configuration originelle, des êtres créés par amour. Comme le père et le fils sont Un,  nous aussi sommes destinés à l’unité. Car le principe créateur de l’homme, n’est pas divisé,  n’est ni contradiction, mais unité, communion, amour et vie. Dès lors le sens de la Trinité, révèle que  les hommes ne sont pas faits pour être seuls, ils ne peuvent être heureux qu’en vivant et en restant avec l’autre et d’autres. La Trinité ne se comprend effectivement qu’à la lumière de l’amour vécu avec les autres. Nous saisissons alors l’enjeu théologique de ce mystère dans la perspective qu’est la finalité de l’homme destiné à la communion d’amour en plénitude : la communion avec Dieu. Fort de cet amour, L’homme répond réellement à sa vocation de fils de Dieu, lorsqu’il vit dans l’amour du prochain et dans l’unité, il reflète pour ainsi dire l’image de la Sainte Trinité. En ce sens l’Ecriture dit que : « Que tous soient un, comme toi, tu es en moi, et moi en toi » (Jn 17, 21).

Cependant cette image de la Trinité en l’humanité est souvent obscurcie par le mal, le péché, entrainant l’homme à l’égoïsme, à la division, à la soif du pouvoir et de la domination. Ce mal se cristallise et s’enracine dans la société. Il s’exprime d’une part à travers le tribalisme, le favoritisme, la rivalité. Et d’autre part, ce mal se diffuse à travers des relations légères et superficielles fondées sur les intérêts égoïstes. Aujourd’hui beaucoup de nos églises paroissiales sont constituées de brassage culturels, mais hélas ! Nous observons tant de méfiances, de préjugés entre les hommes, et de manque d’intégrations des cultures minoritaires. C’est fort de ce constat que Jean-Noël Bezaçon disait que : « Notre Eglise, nos églises ont parfois peur du pluriel, de la diversité, des différences. Si elles devenaient plus conscientes de la communion trinitaire qu’ont une mission de refléter dans le monde, elles seraient sans doute plus conviviales, plus concertantes, plus conciliaires »[2].

La Trinité est amour, et l’homme qui vient de l’amour est appelé à l’amour dans sa vie. Car comme le souligne Saint Augustin d’Hippone : « quand il y a de l’amour : il y a une Trinité : quelqu’un qui aime, qui est aimé et la source de l’amour »[3]. Toute la vie chrétienne se  résume dans la loi de l’amour : « comme je vous ai  aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn13, 34). C’est dans l’amour et dans l’unité qu’on reconnait le disciple du Christ (Cf.Jn13, 35). Car là où il y’a l’amour et la charité, Dieu est présent.

Par conséquent l’image de la  Trinité nous inspire à vivre en communion et  être témoin de l’amour de Dieu pour l’humanité. En ce sens « l’Eglise par sa nature, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint Esprit, selon le dessein de Dieu le Père »[4]. Elle incite aussi à la solidarité des hommes, au service du bien commun, à l’unité des hommes de toute race, nation et peuple.

En somme la foi catholique consiste à vénérer « un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’unité »[5].  Entre la Trinité et l’humanité, il n’y a qu’une essence : l’amour. La Trinité n’est pas une théorie, mais un art de vivre[6].Plus que de discourir ou de théologiser sur Elle, nous ne pouvons qu’entrer dans la contemplation de ce grand  mystère d’amour.

 Jules Joseph DIEDHIOU, OMI

[1] Encyclopédie théo, Droguet Ardant, Fayard, Paris, 1989, p.674.

[2] Jean-Noël Bezaçon, Dieu n’est pas solitaire, La Trinité dans la vie des chrétiens, Desclée de Brouwer, Paris, 2000, quatrième de couverture.

[3] Saint Augustin, cité dans le Youcat, n°36.

[4] CONCILE VATICAN II, Ad Gentes  décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise, n°2.

[5]  Cf. Saint Athanase, symbole de Saint Athanase.

[6] Jean-Noël Bezaçon., Op.cit. Quatrième de couverture.