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Méditation sur la passion du Christ _ #VendrediSaint Par Abbé Roger GOMIS

Après avoir été livré aux chefs des prêtres par Judas, Jésus a été livré de nouveau à la foule par Pilate pour être mis à mort. Saint Jean écrit dans l'évangile que nous venons d'entrer en ce Vendredi Saint : « Il leur livra Jésus pour qu'il soit crucifié ». Coincé entre ses obligations politiques, le peuple qui ne lui laisse aucun choix, les autorités juives et sa femme, Pilate libère Barabas et fait condamner Jésus à la mort atroce sur une croix.

Saint Mathieu nous donne un détail important, que lui seul rapporte, sur le geste de Pilate avant de livrer Jésus: il se lave les mains se déclarant « innocent du sang de cet homme. » Il souhaite avoir les mains propres de ce crime et ne pas en endosser la responsabilité.

En ce temps de pandémie se laver les mains est l'un des gestes barrières les plus conseillés pour contrer cet ennemi invisible et mortellement dangereux, le Covid19. Un geste pour se protéger et protéger les autres. Alors ne manquons pas de respecter cette recommandation en la répétant plusieurs fois dans la journée, comme indiqué.

Mais le geste de Pilate nous renvoie à nos propres choix, notre façon d'être et de prendre en charge certaines situations. Alors, sommes-nous réellement innocents dans cette crise sanitaire mondiale ? Ne nous sommes-nous pas laissés emporter par l'illusion de la toute-puissance de notre humanité, en nous lavant les mains sur la plupart des réalités essentielles comme notre relation à Dieu, à l'autre et à notre environnement ? Cette crise du covid19 est comme une occasion à saisir pour revenir à notre véritable condition humaine, d'homme faible et fragile que Dieu aime tant avec toute la force de son cœur, au point de livrer son Fils unique pour le sauver tout mal. Revenons donc à lui de tout notre cœur.

Mais comment revenir à Lui si c’est seulement nos mains qui sont « innocentes » ? Dans sa prière, le psalmiste est conscient qu’il ne doit pas seulement laver ses mains, il doit aussi avoir un cœur pur. « C'est donc en vain que j'ai gardé mon cœur pur, lavé mes mains dans l'innocence. »(Psaumes, 72, 13). Ne nous limitons donc pas à laver seulement nos mains pour espérer sortir de cette crise sanitaire, lavons aussi nos cœurs où se nichent toutes sortes de convoitises et d'appétits désordonnés et enivrants.

Sur la Croix Jésus s'écrie « tout est accompli » comme pour dire : « c'est achevé », « j'ai terminé la mission que le Père m'a donnée à accomplir ». Mais ce n'est pas un cri de mort, c'est plutôt un cri de victoire! C'est ce que le récit de la Passion selon Jean nous dit aujourd'hui. Il nous dit comment Jésus est entré dans sa gloire. La Croix que nous vénérons aujourd'hui est, en effet, le dernier pas d'accession au trône de Gloire. « Cette glorification progressive due à la présence en Lui de toute la plénitude de la Miséricorde divine qui a atteint son sommet à l'heure de Gethsémani... Jésus est mort de Gloire et non pas victime du mal, c'est pour cela qu'Il est ressuscité ».

Cette croix que nous vénérons aujourd'hui, nous l'élevons en toute confiance sur l'humanité tout entière, particulièrement sur les milliers de victimes de cette pandémie, les personnes malades du covid 19 et tous les autres malades, le personnel soignant, les familles endeuillées, les pauvres et tous les autres blessés en signe d'espérance et de réconfort. C'est avec cette humanité blessée et désemparée que nous marchons avec Jésus sur la route douloureuse mais glorieuse du Vendredi saint, Chemin qui le conduit à son exaltation et à l'établissement du Royaume.

Que la Vierge Marie présente au pied de la Croix nous assiste dans ce combat contre les forces du mal en nous et dans le monde pour que, illuminés par la glorieuse lumière de Pâques, nous puissions demeurer dans la paix, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !

Abbé Roger GOMIS