Méditation du Vendredi Saint « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé »Jn 19,37
« Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé »Jn 19,37
« Le Paradoxe de la Croix »
Après l’arrestation de Jésus au Jardin des Oliviers, le soir du Jeudi-Saint, une parodie de justice devant le Sanhédrin et le gouverneur Ponce-Pilate, l’humiliation par les soldats et le reniement de Pierre, voilà Jésus étendu sur le bois de la croix. Au Golgotha, celui qui faisait le bien partout où il est passé meurt dans le plus grand dénuement.
Le Christ rend l’Esprit, le silence s’abat sur le monde. « Tout est accompli »
A la croix se révèlent deux signes : des chemins contradictoires qui nous déconcertent comme le dit l’Apôtre Paul : « Scandale pour les juifs, folies pour les païens » et pourtant « instrument de Salut pour l’humanité ».
Ces deux signes ce sont :
- Le pouvoir de destruction du péché qui mène à la mort
- Le pouvoir de guérison de l’Amour qui conduit au Salut
La croix, objet de supplice
Dans l’Antiquité, la croix était un objet de supplice réservé aux grands brigands. Une des plus horribles sinon la plus horrible punition de l’époque avec ce qu'elle représente comme humiliation pour le supplicié mais aussi pour les membres de sa famille. Elle est la sentence « juste » pour ceux qui ont commis un crime ou une faute équivalente.
Pour Jésus, la sentence est le résultat d’une mascarade dirigée contre lui. Le péché a obscurci le cœur de ses détracteurs. Pharisiens et scribes en l’occurrence qui, s’opposant à sa messianité ont cherché un moyen pour l’éliminer. « Cet homme a dit je suis le fils de Dieu », puisque pour eux, il était inadmissible d'entendre un humain tenir un tel propos ou d'autres encore, juste dans le but de le confondre. Le récit de la Passion, retrace de manière pertinente cette persistante détermination des ennemis de Jésus à le faire passer au supplice de la croix : « Crucifie-le ».
Le péché, frères et sœurs, c’est cette capacité délibérée de transgresser la loi de Dieu. Usant de leurs mensonges, ils réussissent à avoir la tête de Jésus. Celui-ci sera conduit comme un mouton mené à l’abattoir ( chant du serviteur souffrant d’Isaïe dans la première lecture) et crucifié au gibet. L’événement du calvaire est alors en ce sens comme « la victoire apparente » du péché avec son pouvoir destructeur qui conduit Jésus à la mort. Cette mort provoquée par la méchanceté, était l'expression de la négation totale de la Vérité.
La croix comme instrument du Salut
Cependant, avec la mort du Christ, le langage de la croix prend une autre orientation. D’un bois du supplice et de l’anéantissement total, elle devient bois du Salut par laquelle Dieu révèle toute la mesure de son Amour pour l’humanité. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »
Le récit du serviteur souffrant dans la prophétie d’Isaïe nous rappelle que c’était nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Dans le drame de la croix se révèle tout l’Amour du Christ vécu et enseigné durant sa vie publique. Ainsi, du silence de la mort se révèle une parole, un langage bavard ; la croix nous parle.
Elle impose de notre part un regard neuf ; une écoute silencieuse et attentive. « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » Jn 19, 37. Une attitude d’adoration à la laquelle le centurion romain s’exerce : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » et que nous devons tous avoir pour discerner le message de Dieu fixé sur le bois. Un message de folie et de paradoxe ; une révélation de l’Icône du Christ en Gloire au cœur du désespoir humain. Oui frères et sœurs, avec la mort de Jésus, la croix, jadis objet de rupture, lieu d’incompréhension est devenue expression de la puissance aimante et salvatrice de Dieu, lieu d’une nouvelle connaissance d’un Dieu encore plus proche de l’homme dans l’assumation de la souffrance et son désir de libération totale de celui-ci de toutes sortes de servitudes.
En ce moment de grand désarroi sanitaire, social, économique et spirituel, nous sommes tous invités à faire le chemin qui mène au Golgotha. Lever notre regard vers le Christ qui meurt pour chacun de nous afin de nous obtenir la guérison de l’âme.
Dans un monde où tous repères religieux semblent disparaître, nous sommes assimilables aux hébreux qui, dans le désert avaient critiqué Dieu et son envoyé Moïse. Il a fallu la morsure d’un serpent venimeux qui tuait pour se souvenir de Celui qui a libéré de l’esclavage d’Égypte.
La crise sanitaire incontrôlable à ce jour doit susciter en chacun de nous un éveil religieux, un sursaut de foi pour retrouver en Dieu l’auteur véritable de notre Salut.
Comme les Hébreux qui furent sauvés au regard du serpent de bronze, levons notre regard vers le Christ dressée sur le monde car de son côté ouvert coule comme un fleuve le sang et l’eau source de renouveau et de Rédemption.
Ô croix dressé sur le Monde Ô croix de Jésus- Christ
Ô croix de Sagesse Suprême tu sauveras le monde
Au jour que Dieu s’est choisi
Croix à Jamais triomphante Ô croix de Jésus -Christ
P. Ferdinand SAMBOU
Curé

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