LE VIRUS AUSSI SE TRESSE POUR LA FÊTE!
259 cas nouveaux cas positifs, c’est le nombre que le Sénégal a dénombré ce week-end sur un total de 2.682 échantillons. Ce lundi 27 juillet 2020 le total des cas confirmés depuis le tout premier est de 9.764. Ce chiffre nous place dans le top ten du classement en termes d’effectif des pays africains touchés par cette pandémie (9ième place). Il serait intéressant de dire que Madagascar se place juste après nous.
Cette situation est alarmante car, pendant que le nombre de malade actuellement sous traitement (près de 4.000) met à rude épreuve les capacités de nos structures de santé, les populations ont adopté depuis bien longtemps les comportements d’une vie en l’absence du virus.
Dans les rues les plus marchandes de la capitale on peut compter sans grande difficulté le nombre de personnes ayant des masques. A ce nombre il faut soustraire dans un premier temps ceux qui le portent et après ceux qui le portent correctement.
Le respect de la distanciation sociale n’a jamais réellement été observé. Or cette semaine sera rythmée par différentes activités de préparation de la fête de la tabaski. Entre salons de couture et de coiffure, entre boutiques de grossiste et marchandages pour se procurer un mouton, nous ne pouvons compter ni sur la discipline de la grande masse, ni sur la présence d’une autorité pour dissuasion.
Cette semaine, mal vécue, fera chambouler tout ce qui a semblé être bien parti comme par exemple la reprise des enseignements pour les élèves en classe d’examen et même certaines activités comme le transport interurbain pour ne citer que celles-ci.
Qu’est ce qui est envisagé pour les enseignants et élèves qui vont encore voyager ? Jusque-là aucun changement n’est noté dans la communication des autorités pour accompagner ces mouvements de personnes.
La fête de tabaski a la particularité de vider Dakar la capitale. Or il est encore l’épicentre de cette pandémie et une ville comme Touba recevra également énormément de monde durant cette fête. Mais, c’est l’ensemble du territoire qui sera concerné.
D’où vient cet optimisme sénégalais ?
Il est à ranger dans l’ignorance et l’indiscipline. Dans les deux cas ou l’un des cas, l’Etat sera tenu pour responsable.
Faut-il rappeler qu’une équipe de chercheurs africains mettaient en garde contre une certaine défaite déjà annoncée de la pandémie dans le continent africain. Pour eux, en ce qui concerne notre continent, c’est l’épidémie qui n’a pas attaqué en force. Et que, « si l’Afrique veut être plus efficace face aux épidémies futures, elle doit tirer les leçons de ses insuffisances »[1]. Elle rappelait en mai dernier que les chiffres disponibles ne reflètent pas la situation : les tests sont peu nombreux, essentiellement effectués dans les grandes villes, et leur fiabilité n’est pas totale. Beaucoup de cas, et aussi de décès, dus à la Covid-19, ne sont pas repérés.
La stigmatisation que des malades et leurs proches ont vécue n’a pas aidé à tous les niveaux. La peur qu’elle a suscitée était un facteur de plus de propagation du virus.
Aujourd’hui, le comportement de chaque citoyen doit intégrer une responsabilité personnelle dans la préservation de notre économie déjà trop fragile mais et surtout, contribuer au soulagement du personnel médical éprouvé depuis les premières heures de cette pandémie.
Pendant qu’on note le relâchement des populations, le problème de matériel et d’équipement favorise l’augmentation des cas de contamination du personnel médical. Le personnel médical dans certaines structures hospitalières du pays est invité à mettre l’accent sur la réutilisation des masques et à être vigilante au moment de les porter à nouveau après les avoir enlevés.
Seulement un 02 masques par agent pour 02 permanences et 02 gardes.
En cette période d’hivernage où nos hôpitaux recevaient en grand nombre les malades du paludisme, tous les efforts doivent être conjugués pour freiner l’augmentation des malades du coronavirus SARS-Cov2. Notre système de santé ne tiendra ni en équipement ni en personnel et l’Etat ne supportera pas indéfiniment les frais de test et d’hospitalisation.
[1] AFRIQUE ET COVID-19... C’EST L’ÉPIDÉMIE QUI N’A PAS ATTAQUÉ EN FORCE.
Jean-Pierre Olivier de Sardan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études (EHESS), est chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (Lasdel) au Niger.
Aïssa Diarra est chercheuse au Lasdel au Niger.
Sylvain Landry Birane Faye, est professeur à l’université Cheikh-Anta-Diop à Dakar, au Sénégal.

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