« La Paix soit avec vous » Homélie du 2ième Dimanche de Pâques
Voilà une parole que nous aimerions tous entendre en ces grands moments de trouble où l’humanité dans sa presque totalité est en phase de perdre pied à cause du désastre causé par la pandémie due au Coronavirus.
Pourtant, ces paroles du ressuscité ne s’inscrivent pas dans le souvenir lointain de ses apparitions au jour de Pâques et après. Elles sont actuelles et nous sont adressées en personne et en communauté.
Dans les cénacles de nos maisons, Jésus défie toutes les contingences du temps et de l’espace pour venir nous y retrouver et nous donner ce fruit de la Résurrection que constitue la paix.
« La Paix soit avec vous »
En effet, les lendemains de l’annonce de la Résurrection de Jésus comme les jours de sa Passion n’ont pas été de tout repos pour le groupe de ses disciples. La peur des représailles les a poussés à se cacher pour échapper à la persécution. Mais c’est au cœur de la détresse humaine que Dieu vient à eux. Cette présence mystérieuse du ressuscité dans une salle verrouillée ne tient pas simplement du merveilleux, elle est aussi de l’ordre de la réalité puisque son corps supplicié ne s’est pas désolidarisé de son corps glorieux. Le Christ total, leur présente les stigmates de sa Passion. Dès ce moment, la peur cède la place à la joie : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. »
Une joie qui ne doit pas être semée dans une terre pierreuse mais au contraire, une joie qui brise les chaînes de toutes formes de peur pour les remettre au dehors (devant le peuple) De cette paix qu’il leur donne, Jésus fait naître en chacun de ses disciples une âme d’apôtre c'est-à-dire d’envoyé : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. ». Et l’évangéliste souligne qu’à l’instant même il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit-Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis, à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ».
NB : Un passage important qui justifie la succession apostolique qui, aujourd’hui se traduit dans le ministère ordonné (spécialement celui épiscopale qui fait des évêques les successeurs des apôtres).
Cependant, frères et sœurs, la foi en la Résurrection n’est pas accueillie par tous de la même manière. Même dans le groupe des amis de Jésus, il y a encore ceux qui sont perplexes, ceux qui doutent. La figure éloquente en est Thomas qui n’était pas présent lors de cette première théophanie du ressuscité au soir de Pâques. Les effets néfastes du soir de Gethsémani et la douloureuse journée du vendredi-Saint auront bien secoué sa foi. L’annonce de ses amis qui lui attestent la vérité de la Résurrection : « Nous avons vu le Seigneur », ne le fait pas bouger, il met en avant sa raison et ses sens au détriment de la confiance en ses amis et de la foi en celui qui l’avait appelé comme disciple. Sa foi a chancelé, il doute .Il cherche à comprendre et donc, il lui faut des preuves matérielles : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son coté, non je ne croirai pas ! ».
Humainement frères et sœurs, l’attitude de Thomas est compréhensible. Sa demande est légitime. De même qu’il a été témoin du supplice et de la mort de son Maître, il veut être témoin oculaire de cette Résurrection sans personne interposée. Jésus ressuscité va répondre à cette demande conditionnée de Thomas puisque huit jours plus tard, il se rendra encore présent aux disciples et cette fois devant Thomas. Une fois de plus, il fait don de sa Paix : « La Paix soit avec vous » et invite Thomas l’incrédule à faire le constat souhaité : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains, avance ta main et mets-là dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant ». A la vue du Christ portant les marques de sa Passion, Thomas confesse sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Mais Jésus veut nous emmener plus loin : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Sans s’opposer à la raison, le Seigneur invite à nous libérer de nos enfermements cartésiens. La foi naît de l’annonce : cette Bonne Nouvelle que les apôtres nous ont transmise et qui nous dispose à l’émerveillement.
Certainement, en cette période de confinement, il peut nous arriver de douter de cette Bonne Nouvelle de notre libération que le Christ a opéré dans le mystère pascal parce que nous ne faisons plus ce que nous avons envie de faire. Cette annonce pourrait sembler inaudible face aux secousses de cette pandémie planétaire. Cependant, celle-ci ne peut arrêter la lumière et la Gloire du Ressuscité qui nous rejoint dans nos familles, nos communautés religieuses et sacerdotales pour changer notre détresse en une joie immense. Sa paix, il nous la donne c’est-à-dire qu’il nous communique sa Miséricorde, son pardon et réconcilie désormais l’homme avec Dieu et les hommes entre eux.
En ce 2e Dimanche de pâques appelé dimanche de la « Divine Miséricorde », c’est cette paix du Ressuscité que nous sommes invités à accueillir avec un cœur qui écoute au sein de nos familles où depuis quelques temps, nous vivons l’expérience de l’église en miniature, église domestique.
A l’instar de la première communauté, telle que décrite dans le texte du livre des Actes des Apôtres que nous avons proclamé dans la première lecture nous ressentons l’importance salutaire de faire Eglise c'est-à-dire avoir « un seul cœur et une seule âme » pour s’édifier dans la force de l’Esprit-Saint qui sanctifie et porte la mission d’annonce de la Bonne Nouvelle.
Une mission qui nous est tous commune et à laquelle nous ne devions pas nous dérober. Ces temps d’épreuves seront ceux de la probation de la qualité de notre foi et de notre attachement au ressuscité. Comme l’or passé au feu pour éprouver sa qualité, les situations difficiles du moment sont la part de la coupe que nous devons boire afin de renaître pour une vivante espérance d’un monde nouveau né du côté ouvert du Christ.
Comme le Christ ressuscité porte les signes de sa Passion, osons et acceptons de porter les marques des souffrances de ce moment pour être témoins véritables de la reconstruction d’une humanité renouvelée qui guérit de ses blessures mais aussi qui grandit de celles –ci.
Jésus Miséricordieux, viens au secours de notre manque de foi. Renouvelle ton Eglise et notre monde, réconcilie nous avec ton Père de qui nous tenons la vie, la croissance et l’Être. A toi le Ressuscité, Honneur, Gloire et Puissance pour les siècles sans fin. Amen !
P. Ferdinand SAMBOU
Curé

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