"La foi ne peut pas être réduite à une opinion privée, ni à une conduite honnête."_ Homélie 12ème Dimanche Ordinaire A _ Abbé Roger GOMIS
«Le Seigneur est la force de son peuple, le protecteur et le sauveur de ses fidèles. Sauve-nous, Seigneur, veille sur nous, conduis-nous toujours».(Ps 27, 8-9)
Les textes de ce dimanche nous invitent au courage dans notre identité chrétienne et dans notre vie de témoignage dans un monde parfois hostile et réfractaire aux exigences de la Parole de Dieu. Ils nous rappellent qu'il n'est pas facile d'être prophète ou messager de Dieu et nous encourage en même temps à la confiance.
Le prophète Jérémie, dans la première lecture, est un bon exemple. Alors qu'il était un homme intransigeant dans sa foi et mettait en garde le peuple, et en premier lieu les autorités civiles et religieuses, contre leur insouciance face à une situation sociale, politique et religieuse qui se dégrade, Jérémie fait l'objet de rejet, de moquerie, de persécution, de calomnie et d'agression de toutes sortes. Il est tellement accablé et découragé qu’il dira un jour : « Maudit le jour où je fus enfanté ! »
Le Psaume 68 que nous avons entendu tout à l'heure pourrait être attribué au prophète Jérémie tellement il résonne avec sa vie de prophète rejeté. Il nous plonge, en effet, dans une prière sur l'insulte, la honte, la perdition, la prison.
Qui n'a pas déjà connu une telle expérience dans sa CEB, son quartier, sa paroisse, son lieu de travail, son mouvement… en voulant faire connaître les exigences de la Parole de Dieu ? Beaucoup d'hommes et de femmes de notre temps ont été victimes de calomnies, d'insulte et de menaces de toutes sortes pour avoir simplement témoigné dans leur vie et leurs relations aux autres de la vérité, la crainte de Dieu et la fidélité au Christ. Lorsque nous acceptons d’annoncer le Christ et d’en témoigner par notre vie, nous rencontrons le risque des incompréhensions et des oppositions. S'engager pour Dieu peut nous attirer toutes sortes de souffrances et de difficultés.
Ben Sirac le Sage donne à la fois cet avertissement et le conseil suivant : « Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l'épreuve. Fais-toi un cœur droit, arme-toi de courage, ne te laisse pas entraîner, au temps de l'adversité. Attache-toi à lui, ne t'éloigne pas, afin d'être exalté à ton dernier jour…Mets en Dieu ta confiance et il te viendra en aide, suis une voie droite et compte sur lui... Rappelez-vous ce qui est arrivé à vos ancêtres : qui a mis sa confiance dans le Seigneur et s’en est repenti ? Qui a persévéré dans sa crainte et a été abandonné ? Qui a fait appel à lui et n’a pas été écouté ? » (Siracide 2,1-3).
«Un chrétien souffre pour la justice quand, en échange de sa fidélité au Christ, il fait l’expérience des humiliations et des outrages, de la dérision dans son propre milieu de vie, incompris parfois même par les personnes qui lui sont les plus chères. Quand on s’expose à être contredit, quand on risque l’impopularité. Il y a le martyre du corps et celui de l’esprit, le martyre de notre vocation et celui de notre mission ». (Jean Paul II)
«Quel paradoxe!», pourrions-nous dire.
Saint Paul, dans la deuxième lecture nous éclaire justement sur ce paradoxe de la foi. Le péché et la mort qui règnent dans le monde s'opposent toujours violemment à la vie en Christ. Accueillir la vie de Dieu en nous suppose que nous acceptions de passer, avec lui, par la mort à notre péché et à notre propre mort. Mais nous savons que par la grâce du Christ la mort et le péché sont vaincus : «Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ ».
Dans l'Evangile, le Christ nous encourage à ne pas céder à la tentation de la peur et nous donne des raisons de nous ouvrir à la confiance en lui devant la perspective de menaces aussi dangereuses
« Ne les craignez pas ! Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez, proclamez-le ». La foi ne peut pas être réduite à une opinion privée, ni à une conduite honnête. Nous devons résister à cette pression que le monde actuel cherche à nous imposer en réduisant la vie chrétienne à une belle attitude morale, à la prière personnelle ou encore à de belles célébrations liturgiques. L’Évangile doit être proclamé par tous avec conviction et répercuté par tous les moyens de communication. N'ayons pas peur des incompréhensions, des calomnies, des oppositions et même des persécutions.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps : craignez plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne ». Beaucoup de chrétiens ont aujourd'hui peur d'être tués à cause de leur foi et de leur fidélité à Jésus et à son Eglise soit par les armes ou alors par des pratiques mystiques et sataniques. Mais cette crainte doit être vaincue que par une crainte plus grande : la crainte de Dieu. Elle permet d’avoir le courage d’affronter les périls corporels et de chercher à sauver notre âme.
Et vous savez pourquoi?
« On vend deux moineaux pour un sou ; or pas un ne tombe sans que votre Père le sache. Soyez sans crainte : vous valez mieux que tous les moineaux ». Si des hommes vous ridiculisent, veulent vous faire taire, décident de vous supprimer, n’oubliez jamais que vous avez une valeur unique aux yeux de votre Père. Il vous connaît et n’ignore rien de ce qui vous arrive. Lorsque les hommes exécutent son Fils, il en fait le Seigneur du monde.
Abbé Roger Gomis

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