Image

HOMÉLIE DU 6ième DIMANCHE DE PÂQUES

« Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur »

Le temps pascal tire à sa fin. Dans quelques jours, nous célébrerons la solennité de l’Ascension du Seigneur et dix jours plus tard, celle de la Pentecôte.  La liturgie catholique situe cette dernière cinquante jours après la Résurrection. Elle marque ainsi la fin du temps de Pâques et les débuts de la vie de l’Eglise sous la motion de l’Esprit –Saint, don du Père et du Fils, qui poursuit l’œuvre de  sanctification dans le monde.

Depuis dimanche dernier, Jésus tient un discours d’adieu à ses disciples et leur promet de ne pas les laisser seuls. Son absence physique éminente (en raison de sa Passion-Mort et Résurrection ainsi que son élévation dans la Gloire de son Père) sera comblée par le don du paraclet, l’autre défenseur qui sera toujours avec les disciples pour les enseigner et les conduire jusqu’à la vérité tout entière.

Dans la culture juive, le paraclet est un personnage bien connu, il assure du point de vue juridique la fonction de garant pour la libération d’une personne accusée, en raison de sa notoriété et de sa moralité. Il est un véritable défenseur.

Jésus utilise ce vocabulaire habituel pour parler à ses disciples de leur devenir. Le départ du Maitre ne sera pas la fin d’un projet. Au contraire, ce sera le début d’une nouvelle aventure. Celle-là ne sera pas des plus faciles car les disciples devront mettre leurs pas dans les pas du Maître.

C'est-à-dire qu’ils connaîtront le même sort que le Christ à cause de la méchanceté des hommes. Pour assurer leur mission, le préalable sera la fidélité aux commandements. C’est leur fidélité au Christ qui rendra possible l’action de l’Esprit –Saint dans leur vie pour affronter les contradictions du monde : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur qui sera pour  toujours  avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez car il demeure auprès de vous et il sera en vous. »

Une lecture post –pascale de cette page de l’évangile de Jean nous incite à l’émerveillement lorsque nous voyons comment l’Esprit agit dans la vie des apôtres et soutient leur mission malgré les persécutions de l’époque.

Le texte des Actes des apôtres que nous lisons ce jour fait suite à la persécution du diacre Étienne. L'Eglise à peine née connaît de grandes turbulences, les adeptes de cette « nouvelles doctrine » comme l’appelaient ses ennemis, étaient pourchassés, tués dans le but d’anéantir leur foi et leur fidélité au ressuscité. Cependant, c’est dans ces grands moments de souffrance que la Croix du Christ révèle toute sa splendeur et produit de véritables fruits.  L’annonce de la Bonne Nouvelle est une nécessité vitale, aucun obstacle ne peut tenir face à elle. Avec courage et sous la motion de l’Esprit de Pentecôte, les apôtres, fidèles à l’Amour du Seigneur vont à la conquête spirituelle des territoires et peuples païens. C’est ainsi que les samaritains, ennemis jurés des juifs accueillent par le diacre Philippe, la Bonne Nouvelle du Christ , mort et ressuscité pour offrir la vie éternelle à tous les hommes et femmes de bonne volonté. L’œuvre de l’Esprit-Saint, s’accomplit en la personne de Philippe qui opérait des miracles et appelait à l’adhésion à la foi en Jésus Christ. Comme précurseur, Philippe avait bien préparé le terrain aux apôtres Pierre et Jean qui, par l’imposition des mains firent descendre l’Esprit-Saint dans le cœur de chaque samaritain converti.

Avec Dieu, frères et sœurs, tout est possible. Quelquefois, dans les moments les plus tumultueux de notre existence, nous pensons qu’il n’existe aucune issue. Tout semble perdu et nous baissons les bras. Le Seigneur nous rappelle qu’avec lui rien n’est d’avance perdu. Par les mérites de son sacrifice, il nous ouvre le vrai chemin du Salut. Mieux encore, il nous offre un secours perpétuel qui est notre avocat défenseur, la force qui nous relève et nous fait traverser les routes sinueuses de notre monde pour nous mener à la Vérité tout entière. La prière eucharistique n°4 nous le précise de façon claire : « l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification. »

De nos jours, l’Église connaît comme jadis la violente montée des vents contraires qui soufflent à plein régime et qui la secoue de tous bords. Elle est tournée en dérision pas ses ennemis (ceux de l’intérieur comme ceux du dehors). Beaucoup de baptisés ne s’y retrouvent plus d’où ces nombreuses demandes de radiations des registres de baptême. Certains sont découragés à cause de ces multiples témoignages de pasteurs et de chrétiens. D’autres encore, la trouvant dépassée et ne répondant plus à leurs préoccupations s’en désintéressent ; sans compter toutes ces idéologies dépourvues de tout sens du divin pactisant avec les forces occultes qui asservissent l'homme.

Chers frères et sœurs, il n’y a aucune raison d’avoir honte d’être et de rester chrétien. Notre vie chrétienne est une longue traversée durant laquelle nous faisons l’expérience difficile du désert (signe de la sécheresse et du combat spirituel), celle des eaux boueuses qui nous enfoncent (signe de toutes formes de calomnies) mais aussi celles des eaux vives qui nous lavent et nous purifient (signe de la Rédemption).

Ainsi donc, l’appel de l’apôtre Pierre aux chrétiens de l’époque reste valable  pour nous aujourd’hui. Dans la persécution, comme dans les calomnies, dans nos fautes qui nous condamnent comme dans nos quêtes de justifications, il nous faut garder un code de conduite : celui d’oser « rendre compte de l’Espérance qui nous habite ». Un témoignage chrétien à accomplir dans « une conscience droite » nous inspirant du Christ doux et humble de cœur qui s’est confondu aux pécheurs pour leur obtenir la justice de Dieu qui est Salut.

En ces jours qui nous séparent de la Pentecôte, appelons encore le Seigneur par nos prières. Comme au cénacle avec les disciples  demandons à Marie notre Mère de venir au secours de nos insuffisances, celles de notre humanité afin que par sa prière, l’Esprit de Pentecôte embrase le monde, consume tout mal spécialement celui de la pandémie du Covid 19 et brise les chaînes de nos peurs et de nos résistances.

«Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui nous renouvelle la face de la terre ».

 P. Ferdinand SAMBOU