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Homélie Dimanche de la Sainte Trinité _ Abbé Roger GOMIS

Nous contemplons et proclamons de façon solennelle ce dimanche le mystère de la Sainte Trinité. Ce mot apparu au 2ème siècle est simplement une formule théologique, qui exprime le mystère d'un seul Dieu en trois personnes. Mais si nous parlons de Trinité, c'est parce que Jésus lui-même dans les Ecritures a parlé de Dieu comme son Père, qu'il s'est dit son Fils et qu'il a promis à ses disciples le don de l'Esprit Saint, qui poursuit son œuvre dans le monde. Dieu est tout entier Père, Fils et Saint Esprit. Dieu ne se divise pas: il n’y a pas trois dieux, mais un seul. Le Catéchisme de l’Eglise catholique précise : « Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes […]. Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité […] mais chacune d’elles est Dieu tout entier […] « Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine »» (cf. CEC 253). La première lecture de ce jour nous rappelle que Dieu est Miséricorde. Il se révèle à Moïse comme le «Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour et de vérité». Ce Dieu qui est Amour n'est pas un Dieu solitaire. Il est relation et communion. Chacune des Personnes divines se définit par rapport aux autres. Ainsi, le Père n’a de sens que parce qu’il a un Fils, auquel Il donne tout. Le Fils n’a de sens que parce qu’il a un Père, de qui il reçoit tout. L’Esprit n’a de sens que parce qu’il unit le Père et le Fils. Dans l'évangile que nous venons d'entendre, saint Jean nous donne un aperçu: «Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle». Jésus lui-même affirme : « le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père » (cf. Jn 5, 19) ou quant à l’Esprit de vérité: « ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira. » (cf. Jn 16,13) Mais en quoi ce mystère de la Sainte Trinité nous concerne-t-il ? Eh bien, ce mystère nous appelle à être miséricordieux comme le Seigneur. Le Seigneur nous invite à sortir de nousmêmes pour être missionnaires de sa miséricorde. «Soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix», nous recommande saint Paul dans la deuxième lecture de ce jour. Nous ne pouvons pas témoigner de la Trinité dans la division, la rancune et le refus du pardon. Le mystère de la Sainte Trinité nous redit également que nous sommes des êtres de communion. Nous sommes appelés à donner et à recevoir. « Créés à l’image et à la ressemblance d’un Dieu qui est communion », les baptisés sont appelés à « comprendre l’être relationnel que nous sommes » (Pape François). Par rapport à Dieu, nous sommes tous ses enfants, frères et sœurs, compagnons. Les uns vis-à-vis des autres, nous devons jouer parfois le rôle d’un père ou d'une mère, en enfantant quelqu’un dans la Vérité, le rôle d’un fils, en nous laissant enfanter nous-mêmes, le rôle de l’Esprit, en permettant à d’autres de se rapprocher mutuellement. C’est pourquoi la famille est l’une des plus belles images de la Sainte Trinité. « Parmi les diverses analogies du mystère ineffable de Dieu Un et Trine que les croyants sont en mesure d’entrevoir, je voudrais citer celle de la famille », déclarait le Pape Benoît XVI, précisant en même temps que la famille « est appelée à être une communauté d’amour et de vie, dans laquelle les diversités doivent concourir à former une ‘parabole de communion » (cf. Médiation Angélus, 11 juin 2006). Et le Pape François d'insister : « Dieu est une « famille » de trois personnes qui s’aiment au point de n’en former plus qu’une à elles trois. Cette « famille divine » n’est pas repliée sur elle-même. Elle est ouverte, transmise dans la création et dans l’histoire, entrée dans le monde des hommes pour les appeler tous à en faire partie ». Pour lui, « la fête de la Très Sainte Trinité, nous invite à nous investir dans le quotidien en étant des ‘levains’ de communion, de consolation et de miséricorde. » (cf. Médiation Angélus du 22 mai 2016). Mais comment évoquer la famille, image de la Trinité, sans penser à toutes les mères que le monde célèbrent aujourd’hui ? Comment ne pas penser spécialement aux mères africaines pour redire avec respect et reconnaissance à chacune d’elles ces paroles de ce poète africain:

« Femme Noire, Femme Africaine, O toi, ma mère, je pense à toi ». Je pense spécialement à toi en ce jour qui t’est dédié, pour te dire ma chance et ma fierté d’être ton enfant alors que notre Mère l’Eglise contemple et proclame sa foi en la Trinité Sainte, mystère de l’Amour Infini de Dieu. Heureuse et fabuleuse coïncidence qui a le mérite de nous rappeler qu’une Mère nous dit toujours quelque chose sur Dieu, quelque chose de son intimité profonde: l’Amour. Ce Dieu dont le cœur est Miséricorde, dont le regard est bienveillance et les mains tendresse est certes Père mais assurément une Mère également. Bonne fête à toutes les mères et merci d’être mères.

Abbé Roger Gomis