HOMELIE DE LA SOLENNITE DU CHRIST- ROI DE L’UNIVERS
La Solennité du Christ-Roi de l’Univers que l’Église célèbre en ce 34e dimanche du temps ordinaire, marque la fin d’une année liturgique et l’ouverture vers une nouvelle année chrétienne.
A l’heure du bilan, c’est d’abord l’action de grâces qui déborde de nos cœurs vers Dieu pour les événements qui nous ont fait grandir dans la foi ; pour les personnes rencontrées et dont les paroles, la vie et le témoignage nous ont aidés à cheminer. Dire encore merci à Dieu pour l’Espérance qui nous fait tenir face aux épreuves.
Au seuil d’une nouvelle année, c’est notre chemin de foi qui se poursuit pour nous mener à la pleine connaissance du Christ qui règne dans nos vies comme berger plein d’Amour et de Miséricorde ; celui qui guide nos pas quotidiens vers les sentiers de la Vie éternelle.
La figure du Roi que l’Église célèbre est à l’opposé de celles de nos sociétés contemporaines. Les rois et les dirigeants de ce monde, à quelque titre qu’ils se situent incarnent le plus souvent la tyrannie, la dictature, le népotisme, l’injustice sous toutes ses formes. Les « rois » de notre temps sont plus préoccupés par leur prestige personnel que le soin de leur peuple surtout les plus démunis.
Les textes liturgiques de ce jour nous présentent un Roi-Berger qui rassemble son troupeau et prend soin de lui. C’est ce que nous révèle la prophétie d’Ezékiel. Devant l’échec répété des rois d’Israël qui se sont détournés du chemin de YHWH et conduit le peuple à l’exil et à la déportation, Dieu se propose désormais comme le veilleur et le berger d’Israël.
De toutes les nations où ses enfants sont dispersés, il ira les chercher et les rassembler. Mieux encore, il apportera un attention particulière à chacun selon ses besoins sans négliger aucun : « c’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer (…), la brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit ».
Ces paroles prophétiques rament à contre-courant des idées et des pratiques actuelles. Il n’existe plus de bergers qui prennent soin de leur troupeau mais des exploiteurs qui se nourrissent de la chair de leurs brebis. L’Amour n’est pas le maître-mot de l’action mais c’est plutôt le Profit : « Devenir plus riche et plus puissant en foulant aux pieds toute forme de moralité ». Ainsi, le déclin des peuples, de nos sociétés peut se justifier par la « boulimie » de leurs dirigeants.
La Royauté est une institution de service au bénéfice des administrés. C’est cela le message du Christ. Il se présente à chacun comme un serviteur attentif. Le texte d’évangile d’hier en la fête de la Présentation de la Vierge Marie est très parlant à ce sujet. Au moment où le pouvoir est une affaire de famille, d’élite ou de lobbying, Jésus nous enseigne une autre voie. Sa mission est universelle ; elle brise les frontières familiales pour s’ouvrir à tous les hommes et femmes de bonne volonté.
« Qui est ma mère ? Qui est mon frère ? Celui qui fait la Volonté de mon Père, celui-là est ma mère, mon frère et ma sœur ».
Le regard du Christ est porté vers un ailleurs c’est-à-dire offert à tous sans exception et particulièrement vers ceux qui sont comptés pour rien : les pauvres, les malades, les prisonniers, les exilés, les étrangers, les personnes seules et oubliées.
Quelle bonne nouvelle nous est annoncée en ce jour ! Nous avons tous du prix aux yeux de Dieu. Que nous soyons de « bonne » ou de « mauvaise» condition, cela importe peu pour le Christ ; sa Mission est le Salut de toutes les âmes.
Un projet d’Amour fou qui nous révèle au grand jour la condition de ce Roi dont le Trône est une croix : scandale pour les juifs, folie pour les païens et Icône du Christ en Gloire puisque, suspendu entre ciel et terre, il attire à lui l’humanité entière.
Notre Roi-Berger, ne se positionne pas simplement comme celui qui sert, il s’identifie également à tous ceux-là qui sont laissés sur le bord du chemin. Une posture qui engage notre nature chrétienne à la clairvoyance et à l’Amour du Prochain pour découvrir en chaque personne que nous rencontrons sur la route de notre vie, le visage du Christ. Parfois et même très souvent, nous préférons contempler le visage glorieux du Christ en oubliant les stigmates de sa passion et de son supplice. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »
A travers tous ceux qui souffrent, qui sont exclus, mal aimés, c’est le visage défiguré du Christ qui nous est présenté et que nous devons essuyer comme Véronique afin de lui redonner un nouvel éclat. Ainsi, pourrions-nous espérer entendre la voix du Christ-Roi nous dire « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ».
La participation au Règne de Dieu est la fin ultime de l’homme de foi. Le Baptême en est la semence puisqu’il nous fait participer à la triple fonction du Christ : prêtre (pour célébrer les merveilles de Dieu), prophète (pour annoncer et témoigner de la Bonne Nouvelle malgré les oppositions), et Roi (pour instaurer un royaume de justice, d’amour et de paix). Toute notre vie doit être orientée vers ce but final. Cela n’est possible que si nous nous disposons à nous déposséder du vieil homme fixé sur le bois de la croix et revêtir l’homme nouveau racheté par le mystère rédempteur du Christ. C’est l’appel de l’apôtre Paul dans la deuxième lecture de ce jour.
Biens chers frères et sœurs, en cette période de crise, le message d’amour du Christ prend toute sa mesure dans notre vie. Nous serons pour Dieu ce que nous aurons été pour les hommes et les femmes qu’il a placés sur notre chemin. « Bénis » ou « Ecartés » du Royaume, cela dépend de chacun de nous.
Seigneur, apprends-nous à aimer ; donne nous l’intelligence du cœur pour te rencontrer en chaque homme spécialement en ceux qui ont besoin de notre aide et de notre prière toi qui est le bon berger qui guide nos pas vers les prés du repos.
Amen !
Père Ferdinand SAMBOU, Curé.

Commentaires