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"Dieu a toujours les bras ouverts dans nos nuits de silence et douleur" _COMMENTAIRE DES TEXTES DU 7ème DIMANCHE DE PÂQUES

Chers frères et sœurs dans la foi,

Nous avons magnifié il y a trois jours, la montée triomphale du Seigneur Jésus au ciel en la solennité de l’Ascension. L’envergure de cet événement et sa haute signification donnent déjà un signal fort pour la fin du temps pascal. En ce septième dimanche, quelque chose de singulier se passe en réalité ! C’est une absence, une absence physique ! Figurez-vous qu’avec l’effet d’une absence quelque chose change nécessairement. Il faut surtout dire qu’avec l’absence, les habitudes quotidiennes changent. Qu’en est-il  en vérité ?

Dans la fidélité du témoignage reçu de ce passage des Actes des apôtres, c’est l’absence du Maître qui bouleverse tout. Elle appelle à deux attitudes phares du côté des disciples et des femmes qui les accompagnaient : l’enfermement et la prière.

Le réalisme des disciples qui s’est refusé le profil évasif et rêveur et qui pouvait consister à leur niveau à fixer continuellement leurs yeux vers le ciel, nous interpelle. L’absence physique de Jésus est comblée par sa présence spirituelle à travers l’assiduité à la prière au Cénacle. Une leçon nous est livrée ici pour que nous sachions remplir nos moments sombres de solitude. Car l’homme n’est jamais seul avec lui-même. Une eau douce coule du très fond de son cœur. Elle l’appelle à venir s’abreuver aux sources de la vie. Dieu a toujours les bras ouverts dans nos nuits de silence et douleur.

Si nous doutions jusque-là de la force vitale de la prière, nous pouvons désormais nous en convaincre avec l’attitude de Jésus qui est en train de prier son Père dans l’Evangile. Sa prière constitue d’un côté, le reflet de son intimité profonde avec Dieu le Père ; intimité qui surpasse le cours du temps et de l’espace et qui s’est rendue concrète dans sa mission au cœur monde et assumée dans une obéissance sans faille. De l’autre, cette réciprocité d’amour trinitaire déborde lorsqu’il prie pour nous afin que nous soyons unis en ce monde et libérés du mauvais.

En entrant dans l’esprit du message qui prévaut dans liturgie de ce jour, je nous invite à y déceler trois attitudes à méditer et à approfondir dans ce temps d’attente de l’Esprit Saint. Il s’agit des vertus de recueillement, de patience et de  solidarité.

Le recueillement s’impose puisque le Maître de la mission est absent. Une nouvelle ère de mission se profile à l’horizon, avec sa nouvelle stratégie. Il faut alors une petite halte à l’instar des disciples réunis au cénacle. C’est le moment d’être présent à soi et à Dieu pour mieux évaluer les événements fondateurs passés, présents et qui doivent advenir. Ainsi ce temps de break ne peut jamais être conçu comme un vide. Même si l’incompréhension et la morosité de l’atmosphère pèsent, sachons les apprécier comme le temps de l’action de Dieu. Puisque l’Esprit de Dieu préfère se signaler dans un simple murmure d’une brise légère (cf.1R19, 12), il faut alors l’accueillir dans un silence de qualité. Le recueillement ne consiste en fin de compte qu’à l’accueil favorable de la prière.

La vertu de patience vient à point nommé rejoindre l’ambiance présente. Jusqu’à quand les apôtres devraient-il restés enfermés et emmurés par la situation post-ascension ? Si nous pouvons répondre aujourd’hui en disant que l’attente dure dix jours, il faudrait aussi envisager, au-delà, un symbolisme de cette durée ascétique au cours duquel les apôtres sont invités à entrer dans le temps de Dieu. L’homme a tendance à oublier que sa vie s’inscrit dans le cours du temps de Dieu. Quelle que soit la planification chronologique de la vie humaine, il nous est demandé de ne jamais masquer le temps favorable de Dieu. Le temps de Dieu ne passera jamais. Son projet pour chacun de nous demeure toujours au présent.

La patience est une vertu biblique qui nous plonge dans la longue attente du peuple d’Israël, prêt à accueillir le salut promis par Yahvé à travers la venue du Messie. Cette patience non moins en proie à l’absentéiste d’un peuple infidèle par moments, a trouvé son accomplissement dans le temps favorable de la venue du messie parmi les hommes. Il a fallu encore attendre le dévoilement progressif de la révélation de Dieu en la personne du Christ pour goûter au fruit de son triomphe pascal.

En ce temps d’attente particulier de l’Esprit Saint, c’est la promesse faite par le Christ qui doit nous habiter. La force que nous devons revêtir nous portera sans doute au témoignage. Elle bannira toute crainte et toute ignorance. Cette attente constitue alors pour nous un temps de maturation qui passera bien sûr par une épuration de nos conceptions trop restrictives de la mission.

En somme, la patience produit le fruit de l’Espérance, une vertu théologale qui sous-tend toute la marche chrétienne vers le royaume définitif de Dieu.

La solidarité est manifestée par le rassemblement des disciples et des femmes à la chambre haute. Réunis sous un même toit, partageant les mêmes soucis, et élevant les mêmes supplications vers Dieu, les témoins du Christ nous disent quelle attitude peut accréditer le témoignage chrétien : « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples ; si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). La solidarité suppose une attention particulière à l’autre. Elle implique un dialogue, un échange réciproque menant à une dimension même confessionnelle.

La première communauté chrétienne est le modèle type de cette vie solidaire puisqu’elle avait un seul cœur et une seule âme (cf. Ac 4, 32). Notre monde gagné par l’individualisme est vivement interpellé pour devenir une véritable “Arche de Noé” où le principe de bien commun est vécu.

Enfin, puisque la vie éternelle constitue en une connaissance du seul Vrai Dieu et de son Envoyé Jésus Christ, ces vertus de recueillement, de patience et de solidarité nous aideront à cette meilleure connaissance dans l’Amour vertical et horizontal de tous les jours de notre vie. Demandons à l’Esprit de nous embraser en ce temps d’attente ; qu’il habite nos esprits et féconde nos efforts de tous les jours. AMEN !

A.Y.F.D