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Déclaration de patrimoine avant le 30 août 2020: QUE POUVONS NOUS RÉELLEMENT ESPÉRER?

Le 13 juillet 2020, le Président de la République recevait les rapports de l’Inspection Générale d’Etat communément appelée IGE sur la période 2016-2019. Et Il s’engageait devant les membres de cette institution à « veiller à la mise en œuvre immédiate et intégrale des propositions ».

C’est ainsi qu’il faut peut-être comprendre trois jours plus tard en conseil des ministres, son ultimatum donné à ces derniers de procéder au plus tard fin août à la déclaration de leur patrimoine auprès de l’OFNAC.

Allons-nous assister à un défilé devant l’OFNAC ou à une défiance de la part des membres de l’équipe gouvernementale comme c’était le cas de certains ministres sous l’ère Nafissatou Ngom Keïta ?

Ce qui est sûr c’est que si l’affaire du foncier, de la distribution de l’aide alimentaire, de la question de distribution d’eau potable dans la capitale et des Oryx n’ont pas fait sauté un seul ministre. Et donc, tout renvoi ou démission en cette période, sera vu comme une simple manœuvre politicienne de se soustraire à cet impératif de déclarer son patrimoine.

« …Savoir ce qu’ils pèsent à l’entrée et ce qu’ils pèsent au sortir de leur mission. C’est le sens dans lequel s’est inscrite cette obligation de faire sa déclaration de patrimoine. » Pour reprendre le Médiateur de la République Me Alioune Badara Cissé.

Mais au fond, quoi de plus logique pour les membres du gouvernement d’un Macky Sall ? Est-il possible que l’on oublie déjà que c’est lui qui a tiré de son sommeil une juridiction spéciale (la CREI) 30 ans après sa création pour demander des comptes à certains poids lourds du régime de Wade auquel il a appartenu, quant à l’origine de leur patrimoine ?

C’est ce même Macky qui avait séduit avec un discours de rupture dans la gestion des ressources publiques. «A tous ceux qui assument une part de responsabilité dans la gestion des deniers publics, je tiens à préciser que je ne protégerai personne. Je dis bien personne !» Quid de sa fameuse formule « la Patrie avant le parti ».

Qu’est ce qui a bien pu se passer est la question légitime que peuvent se poser les sénégalais de tout bord.

Le mal est peut-être plus profond qu’on ne le pense.

Dans tous les cas, il sera difficile pour les populations de croire que les scandales fonciers et financiers de ces derniers jours ne passeront pas sous peu sous silence. De même que ces derniers rapports de l’IGE ne connaitront pas le même sort que les précédents. L’élément fondamental qui le fait penser est que le gardien de la Constitution a dérogé lui-même, en premier, à cette obligation. Car nouvellement élu, il n’a pas jugé nécessaire de se soumettre à la loi et partager avec le peuple qui lui a renouvelé sa confiance les détails de son patrimoine après 7 ans à la tête du pays.

Il arrive des moments dans la vie d’une Nation où le peuple reprend l’entièreté des responsabilités à d’autres confiées. Ces situations surgissent quand le contrat de confiance entre lui et ses dirigeants ne produit plus les effets attendus. Et en attendant de prochaines joutes électorales, et pour éviter qu’un autre régime soit tenté d’adopter ces mêmes comportements, il est dès lors opportun qu’on s’y mette tous dans la revendication et le suivi de l’application des propositions de l’ensemble des corps de contrôle, l’ouverture d’enquête dans les cas où cela a été préconisé, de même que l’effectivité de la déclaration par les membres du gouvernement de leur patrimoine.

Seul le peuple fera bouger les lignes, car c'est sur celui qui espère que repose en réalité l'espoir.