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Affaire Batiplus: liberté d'expression, liberté de presse... Et le Peuple dans tout ça?

L’affaire Batiplus est entrain de virer à l’affaire Cheikh Yerim Seck. Il faut qu’on y prenne garde car on nous parle de 3,350 milliards F cfa de plus. Il y’en a pour qui on est vraiment dans l’émergence.

Je ne suis pas de ceux qui considèrent les affirmations de Cheikh Yérim Seck comme une accusation de la gendarmerie. En écoutant M. Seck, j’ai plutôt pensé qu’une information a été donnée sur un montant consigné et pas sur la totalité. Et donc il fallait s’attendre à ce que la gendarmerie nous revienne plus tard pour complément d’informations. Je suis donc de ceux qui pensent que l’enquête est en cours et qu’elle n’a pas fini de révéler tous ses secrets.

Seulement, si le montant communiqué par la gendarmerie est la totalité trouvée sur place, il y a problème.

Il y a problème car nous considérons M. Seck comme un journaliste et pensons également qu’il n’est pas novice pour qu’on lui rappelle la sensibilité de son métier, le sérieux et la rigueur que cela requiert.

M. Seydi Gassama, pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration aussi bien pour sa personne que son travail, a parlé de liberté d’expression et de liberté de presse que la justice ne doit pas servir à museler. Mais si le simple démenti est jugé suffisant pour lui dans cette affaire, où se trouve le respect dû au peuple sénégalais qui a délégué autant de pouvoirs. Je ne dis pas tout de même que Yérim a sa place en prison loin de moi cette idée. Cependant, ils nous doivent tous la vérité et dans l’application rigoureuse de la loi.

Je me souviens encore de la belle intervention de M. Gassama lors de la journée de la presse de 2019 au CESTI sur le thème « les media vecteur de paix sociale ». Vous appeliez au sens de la responsabilité. Aussi je serai content de vous voir, encore une fois, protéger tout le monde en dressant la limite pour que beaucoup n’en ignorent pas les frontières. Parce que si la liberté d’expression permet d’asseoir une démocratie, la liberté de la presse doit l’entretenir car c’est elle qui permet au citoyen de se forger une opinion librement mais sur la base d’une qualité des informations qu’elle lui fournit et qu’elle doit garantir. A l’heure où tout le monde s’improvise journaliste, où la vitesse de diffusion d’une information _fut elle fausse_ est extraordinaire avec l’internet et les réseaux sociaux, à l’heure où tout est précaire au point que le moindre détail peut être le feu qui va tout embraser, Non, il ne faut pas qu’on excuse le grand Yérim aussi facilement. Ce Yérim grand défenseur de la démocratie. Je le dis avec grand amour car je pense qu’il compte sur lui d’abord et sur le peuple ensuite pour s’en sortir (comme tout le monde d’ailleurs). Et qu’il ne peut pas être dans des affirmations gratuites.

Au passage, le simple démenti doit-il être règle ou exception dans ce cas de figure? Je ne pense pas qu’un journalisme sérieux puisse attendre comme résultat de son travail, qu’il soit accepté ou rejeté par un simple communiqué. On préférerait encore passer devant un jury mieux composé que celui du seul camp indexé.

Non, liberté d’expression n’est pas liberté de presse sinon on ne chercherait pas la dépénalisation du délit de presse. Ce projet épouse tout le sens du sérieux qu’on attend de ce travail et l’importance que ce métier a dans la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit ; et qui justifie que l’on veuille filer des gilets « parapouvoirs » aux journalistes pour leur faire échapper au penchant presque ordinaire qu’à tout pouvoir en place de museler la presse. Tout ce qu’on demande en échange c’est de la RESPONSABILITÉ. Je peux y rajouter du respect, pour nous autres, malgré qu’il soit déjà sous-entendu dans le seul mot de la responsabilité.

Le respect que je voue à M. Seck m’a autorisé consciencieusement  de faire de ses affirmations des points d’échange et de donner mon avis sur la fragilité de notre système économique, les propositions fiscales de certains sénégalais, sur les techniques de fraudes basées sur les exonérations fiscales avec des personnes… Ai-je été le seul ? Je ne le pense pas.

Mais jamais il n’a été question de douter de la gendarmerie. J’avais compris ses mots comme un appel à rester dans l’attente d’une nouvelle communication de la gendarmerie dans les évolutions prochaines de l’enquête sur « l’affaire Batiplus » et précisément sur cette question du montant trouvé chez les Farés.

Et c’est pour tout cela que je souhaiterai par respect pour tous ceux qui pourraient tomber sur mes mots, et pour mise en garde que l’on revienne sur des fondamentaux.

Liberté d’expression et liberté de presse?

La liberté d’expression est un droit, celui d’exprimer librement ce qu’on pense. Ce droit est une liberté fondamentale proclamée dans la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Ainsi, chacun a le droit d’exprimer ses idées dans le respect des droits des autres ; même si ses idées déplaisent.

Il faut savoir que sans liberté d’expression, il n’y a pas de liberté de pensée et donc pas de démocratie, c’est-à-dire que le peuple ne peut pas s’exprimer.

Par exemple imaginez-vous qu’on puisse nous refuser aujourd’hui au Sénégal le droit de dire que l’émergence tant chantée par le Pr et ses ministres n’est qu’un mot et qu’il n’y a rien de concret derrière. Ou encore que pour ce qui est de la transparence dans la gestion des affaires de la cité pour laquelle le Pr a été élu, il a fini par décevoir tous les sénégalais. C’est mon avis du reste!

Dans ce dernier exemple je me permets même de généraliser sachant qu’il a du monde dans son camp. Mais sur quelle base pourront-ils m’empêcher de m’exprimer, de donner mon avis ? Et quelles preuves je leur dois au risque de me voir être présenté au juge ?

Ils ont tout juste le droit de penser le contraire de mes propos ou la même chose que moi. Par contre je n’exclue nullement un attachement à la vérité dans notre droit d’exercer notre liberté d’expression car il y va de notre personnalité, de l’image que l’on veut faire de sa personne, le respect des autres et surtout le respect de leur intelligence.

C’est cette même liberté qui est à la base de la liberté de la presse.  Chez nous les journaux peuvent parler de tous les événements et peuvent aussi critiquer le pouvoir. La liberté de la presse nous garantit à nous autres citoyens d’avoir toutes les informations nécessaires pour se forger une opinion librement. Pour cela les journalistes obéissent à des règles, ils peuvent parler de tous les sujets mais en faisant attention à vérifier l’information pour en garantir la qualité. Donc dans une démocratie, la presse a pour rôle d’éclairer les populations et de susciter les débats d’idées entre les citoyens.

Qui aimeraient à partir de ce moment que n’importe qui soit journaliste ? Eux-mêmes le refusent.

Qui aimerait que le journaliste fasse n’importe quoi ? Ou qu’il se mette à fabriquer n’importe quelle information ?

 La liberté d’expression a des limites car si on n’y prenne garde, on tombe très facilement dans la diffamation ou la calomnie, dans l’injure ou l’incitation au soulèvement ou/et à la violence.

Dans ces derniers temps, la liberté d’expression tout simplement doit encore être revisitée et débattue car des prises de positions vont parfois jusqu’à s’attaquer à l’honneur des uns et des autres, à faire passer certains pour des extrémistes, à taxer d’autres d’agents des lobbies de francs-maçons ou d’homosexuels…et j’en passe.

Et pourtant, cette liberté constitutionnelle consacrée à l’article 10 de notre charte fondamentale du 22 janvier 2001 énonce que « Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement ses opinions par la parole, la plume, l'image, la marche pacifique, pourvu que l'exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l'honneur et à la considération d'autrui, ni à l'ordre public ».

L'affaire est très grave! C’est même les propos de Cheikh Yérim Seck « il faut que les sénégalais sachent pourquoi cette affaire est grave » surtout cette manne financière qui échappe à notre système fiscal.

Protéger sa source, est le seul argument que Yérim peut opposer aux enquêteurs. Mais ces derniers demanderont toujours des preuves. Le journaliste et sa source doivent toujours travailler à se protéger mutuellement pour permettre l’éclatement de la vérité et s’éviter toute contrainte à leur liberté de se mouvoir. Dans le cas où fournir les  preuves expose sa source, j’ose croire que M. Seck est en plein dans sa stratégie de défense de sa source et même de ses preuves. Et qu’il nous réserve à temps opportun dans la suite de son dossier ou de l’affaire Batiplus, le temps d’exposer avec l’assurance qu’on lui connait les  preuves de ses affirmations.

Tout est grave dans cette affaire parce qu'il y va de la sécurité des citoyens que nous sommes. C'est quand même un procès-verbal de la gendarmerie dans une enquête en cours qu’on remet en question. Et avec un écart de 3,350 milliards de F CFA! D'un autre côté, c'est l'économie d'un pays pauvre qui est menacée si autant d'argent nous échappe et venant de structures bénéficiant d'exonérations sur presque tout. Dans cette affaire, la désinformation est tout aussi grave que si l'on en venait à une confirmation des dires de M. Seck.

On ne peut que demander la transparence jusqu'au bout et l'application stricte de la loi.

De tout cœur avec vous cher Yérim Seck. Votre place n’est pas en prison et votre devoir est de nous éclairer.