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54e Journée Mondiale des Communications Sociales __HOMÉLIE 7ième DIMANCHE DE PÂQUES A

Depuis le mois de mars, nous sommes obligés de passer par les moyens de communication sociale, notamment numériques pour vous permettre de vivre les célébrations eucharistiques à partir de vos domiciles. Aujourd'hui 24 mai, dernier dimanche avant Pentecôte, comme chaque année, l'Eglise célèbre la 54e Journée Mondiale des Communications Sociales. Le thème du message du Pape publié le 24 janvier pour l'occasion : «“Afin que tu puisses raconter à ton fils et au fils de ton fils” (Ex. 10, 2). La vie se fait Histoire». Le Pape revient sur le sens et la valeur du récit dans la vie humaine et nous exhorte à éviter les histoires destructrices sur l'autre. Pour lui, les histoires «peuvent nous aider à comprendre et à dire qui nous sommes» car «l'homme est un narrateur» qui a besoin de «“se revêtir” d’histoires pour protéger sa vie».

Permettez- moi de m’arrêter sur quelques aspects de ce message avant de commenter pour vous les textes de 7ème dimanche de Pâques.

Le Pape reconnaît d'abord que l'homme a besoin de «récits qui construisent et non qui détruisent». Des histoires qui construisent un monde différent ; des histoires vraies, quotidiennes, simples, qui nous encouragent à des actions qui nous font voir «l'entrelacement des fils par lesquels nous sommes rattachés les uns aux autres». Malheureusement, nous sommes aujourd'hui submergés par des récits qui «nous intoxiquent» au point que nous ne réalisons plus à quel point nous sommes avides de tapages et de commérages. Nous sommes à l'ère où la falsification de l'information atteint des niveaux exponentiels avec le phénomène des «deepfake». «Souvent sur les toiles de la communication, au lieu de récits constructifs, qui sont un vecteur de liens sociaux et de tissu culturel, des récits destructeurs et offensants sont élaborés, détruisant et brisant les fils fragiles de la cohabitation. En rassemblant des informations non vérifiées, en répétant des discours insignifiants et faussement persuasifs, en blessant avec des propos de haine, on ne tisse pas l'histoire humaine, mais on dépouille l'homme de sa dignité.», prévient le Pape François. Le Saint-Père relève ensuite notre besoin de «récits qui aident à retrouver des racines et la force d'aller de l'avant ensemble.» Dans chaque communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons aider à trouver, à rappeler et à raconter nos «racines» : les traditions vivantes, les héritages de nos ancêtres, les personnes qui nous ont formés et inspirés, les témoignages de foi et de charité, les histoires de nos évangélisateurs, l'histoire de notre communauté ecclésiale, nos propres richesses culturelles, «des récits qui remettent en lumière la vérité de ce que nous sommes, jusque dans l'héroïsme ignoré de la vie quotidienne.» Le Pape présente, enfin, l’Ecriture Sainte comme le «Récit des récits», qui montre un Dieu créateur et en même temps narrateur de la grande histoire d’amour entre lui et l’humanité. Avec Jésus, le narrateur s’est fait homme, chair et histoire. L’histoire du Christ n’est pas un «patrimoine du passé», mais une histoire toujours actuelle. «Dans chaque grand récit, notre histoire est en jeu», fait remarquer le Saint-Père. La seconde lecture de ce jour nous replonge justement dans cette époque où les chrétiens étaient persécutés pour nous donner la force de tenir face à toute forme d'hostilité à cause de notre foi au Christ. Pierre rappelle aux chrétiens persécutés que si c’est parce qu’ils sont chrétiens qu’ils souffrent, ils doivent s’en réjouir, et cela pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’ils communient ainsi aux souffrances du Christ et que, d’autre part, cela leur vaudra d’être dans la joie et l’allégresse le jour où la gloire du Christ se manifestera. Et l'histoire nous a appris que beaucoup parmi eux ont, en effet, joyeusement subi le martyr pour leur fidélité au Christ grâce à la prière et la foi partagée en Église. Leur appartenance à une communauté de croyants qui trouvait son unité et sa cohésion dans la prière donnait force à leur foi. La première lecture nous montre la première communauté chrétienne en prière avec les Apôtres autour de Marie dans le Cénacle, après l'Ascension du Seigneur et dans l'attente de l'Esprit de Pentecôte. C'est là, dans le Cénacle, qu'est née l’Église, cette famille qui a une Mère, la Vierge Marie. Et le Pape François rappelait dans une de ses homélies que «les familles chrétiennes appartiennent à cette grande famille, et trouvent en elle lumière et force pour marcher et se renouveler, à travers les peines et les épreuves de la vie». Dans sa prière sacerdotale dont une partie nous a été livrée dans l'évangile de ce jour, Jésus prie pour l'unité de ses disciples que nous sommes et laisse entendre qu'il nous considère comme des dons reçus de son Père: «Tu me les as donnés» (Jn 17, 9). Il reçoit donc chacun comme un cadeau précieux de son Père. Comment dès lors réaliser cette unité tant souhaitée dans nos communautés, nos familles et notre église si chacun ne perçoit ni ne reçoit l'autre comme un don? Comment faire église si nos récits les uns sur les autres sont source de division et de rejet ou si nous ne travaillons pas à être aptes à «révéler à chacun que son histoire contient d’étonnantes merveilles»? Demandons l’aide de la Vierge Marie en reprenant cette prière que propose le Pape François à la fin de son message : O Marie, femme et mère, tu as tissé dans ton sein la Parole divine, tu as raconté avec ta vie les œuvres magnifiques de Dieu. Écoute nos histoires, conserve-les dans ton cœur, et fais aussi tiennes ces histoires que personne ne veut entendre. Apprends-nous à reconnaître le bon fil qui guide l'histoire. Regarde les nœuds dans lesquels notre vie s’est emmêlée, paralysant notre mémoire. Avec tes mains délicates chaque nœud peut être défait. Femme de l'Esprit, mère de la confiance, inspire-nous aussi. Aide-nous à édifier des histoires de paix, des histoires d'avenir. Et indique-nous le chemin à parcourir ensemble. Amen

Abbé Roger Gomis