Image

ETUDE SUR LE SHINTO JAPONAIS

Comme beaucoup de sociétés, la société japonaise a vu sa culture s'inspirer de la nature. Et parmi cet héritage culturel il y a le shinto. Car le shinto est avant tout l'expression profonde de la culture ancienne des Japonais. De même,  de tous les éléments de la nature le Soleil y occupe une grande place. En effet étymologiquement le mot « Nippon » qui a donné « Japon »est composé par deux mots chinois « Ni », qui veut dire Soleil, et « Pan », qui veut dire origine. En ce sens le Japon est le pays d’où est issu le soleil. Ainsi le Soleil est considéré comme une divinité du shinto et porte le nom d’Amaterasu. Il s’agira donc dans notre présent étude d’investir la religion shinto et ce, en suivant la démarche sus-indiquée.

I- HISTOIRE DU SHINTO

Les origines du shintô remontent au tout début de l'histoire japonaise.  À cette époque, le shintô était constitué de rites paysans voués aux forces de la nature.  Il n'y avait pas de système métaphysique ni de doctrine couchée par écrit. Car le Shinto ne reconnaît aucun fondateur ni n'adhère à aucune foi particulière ni à aucune doctrine. De même jusqu’au Vème siècle, avant le contact avec la Chine, le shinto était un ensemble de croyances liées à la nature. En ce sens on peut même apparenter le shinto de cette époque à l’animisme des peuples africains. Et selon Michel MALHERBE, « à cette époque, le Japon ne connaissait pratiquement ni l'écriture, ni la peinture ou la sculpture, ce qui explique peut-être l'absence d'idoles. »[1]Donc nous pouvons considérer que le shinto était pratiqué à l’état  pur.

Cependant avec la venue des Chinois, en 552, qui ont amené le bouddhisme au Japon, le shinto connait une certaine mutation. En effet les moines prosélytes bouddhiques considèrent que les divinités shinto, appelées kamis, sont des avatars des divinités bouddhiques. Cela déboucha sur la théorie du « honji suijaku » qui caractérisera le shinto pendant toute une bonne partie du Moyen Age et que tentera de décrire le moine Mûjû dans son ouvrage le « Sasekishû »[2].  Mais cette façon de voir ne fit pas l’unanimité. Car des mouvements à caractère nationaliste prendront le contre-pied en disant que ce sont plutôt les divinités bouddhiques qui sont les avatars des divinités du shinto.  Toute l'histoire religieuse du Japon fut dès lors une succession de mouvements contradictoires tantôt en faveur du bouddhisme, tantôt du shintoïsme. Ainsi, malgré une tendance très constante à mélanger ces deux religions dans un syncrétisme mal défini, on peut noter des réactions de défense du shinto vers le XIIIe et le XVIIIe siècle. A cette dernière période, le bouddhisme était religion d'Etat et le shinto apparaissait, en quelque sorte, comme une fronde contre le pouvoir central.

A l'époque Meiji, en 1868, quand le Japon s'ouvrit à la civilisation occidentale, le gouvernement imposa la séparation entre shinto et bouddhisme. Les bonzes ne purent plus célébrer dans les temples shintos et la lecture des textes bouddhistes y fut interdite.

« Le Shinto prend alors quatre formes distinctes: 

  • Le Shinto de la Maison Impériale, comprenant un rite d'adoration de la déesse du soleil, Amaterasu o Mikami. Ce culte jadis public est, de nos jours strictement privé.
  • Le shinto des temples. Ce sont les rites pratiqués dans les milliers de temples japonais, réunis dans une association, Jinja honcho. L'ensemble de ces deux shinto constitue ce qu'on appelle le shinto de l'Etat, créé au début de l'ère Meiji et qui a duré jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale. C'était une institution destinée, en fait, à renforcer l'identité japonaise et la dévotion envers l'empereur.
  • Le shinto des sectes est une somme de mouvements divers, nés au XIXème siècle. Le plus connu d'entre eux, le Tenrikyo, a été fondé par une femme en 1838 et compte plus de trois millions d'adeptes.
  • Le shinto populaire enfin, qui est une religiosité diffuse mais comporte parfois des pratiques magiques. Les quatre formes de shinto se mélangent selon l'univers culturel de chaque Japonais et constituent la base du système de valeurs du pays. C'est pourquoi le shinto est devenu le lieu privilégié du particularisme et donc du nationalisme japonais. Seul le shinto pouvait conférer à l'empereur le caractère divin qui favorisait les visées de l'impérialisme japonais. La défaite de 1945 impliquait de réduire l'influence de cet appareil shinto développé depuis Meiji. L'empereur Hiro-Hito accepta de limiter le shinto au rôle d'une organisation religieuse comme les autres. Il expliqua lui-même que l'attachement à son peuple ne dépendait pas de la croyance de ses sujets en sa divinité et il supprima les subventions du gouvernement aux temples shinto. La ferveur des shintoïstes à l'égard de l'empereur n'en a pas été affectée et les temples sont toujours aussi prospères aujourd'hui. »[3]

 II-  Croyances et Pratiques du shinto

L'existence des kamis est l'élément fondamental du shintoïsme. Cette croyance remonte très loin dans l'histoire du Japon. En effet, les kamis sont les esprits présents dans toute chose : la terre, le ciel, les animaux, les végétaux, les minéraux mais aussi les ancêtres. À travers eux, c'est la puissance et les caprices de la nature que les croyants tentent d'apprivoiser. De même on ne vénère pas à proprement parler les kamis, mais on s'assure de leur protection et de leur bienveillance. On prend garde de ne pas les froisser car tous les kamis peuvent être, comme la nature, à la fois bons et mauvais. Si on vexe un kami, il faut procéder à des rites de purification pour que l'ordre des choses soit rétabli.

Quant à la pratique elle se situe à un double niveau : la vénération de la nature et la vénération des ancêtres. En effet, la vénération de la nature s’exprime à travers le culte rendu aux nombreux kamis. Le kami est un terme général utilisé pour désigner un genre de dieu ou d'esprit de la nature. Il doit être plus exactement compris comme une force ou une énergie qui est manifestée dans un aspect particulier de la nature, tel une montagne, un arbre ou un fleuve, ou un lieu spécifique.

Concernant la vénération des ancêtres, elle s’inscrit dans le cadre de la famille. Beaucoup, et même la plupart des maisons japonaises ont un kami-dana, une étagère d'esprits (ou d'âmes), sur un mur intérieur de la maison. Elle contient habituellement les objets ou les symboles qui ont une signification spirituelle pour cette famille particulière. Elle contient également une sorte de liste des noms des ancêtres de la famille. Les membres de cette famille feront des offrandes quotidiennes ou hebdomadaires de nourriture, et ils boiront en révérence au kami ou à leurs ancêtres. Cette pratique de la religion est souvent appelée shinto domestique.

En outre les fidèles shintoïstes louent les kamis au moyen de prières, d'offrandes et de services pour les remercier par reconnaissance de la réalisation d'un souhait, de la chance qu'ils ont de vivre dans certaines conditions comme la paix intérieure et l’harmonie la nature.  Ils ressentent envers les kamis une profonde révérence, un respect mêlé d'une certaine crainte et un sentiment de gratitude.  Les prières ne doivent pas être une demande personnelle par acte d'égoïsme, mais elles doivent attirer la bienveillance des dieux.  À la fin de la prière, le fidèle frappe des mains deux fois.  Ce geste a pour but d'attirer l'attention des kamis concernés par la prière.  L'offrande permet de symboliser le caractère altruiste de la demande, donc ce doit être quelque chose d'intime.  Les pèlerinages shintoïstes sont l'occasion pour les fidèles de se regrouper pour jouir de la vie et des beaux paysages. 

De surcroit, il faut noter que la pratique du shinto n’empêche pas d’appartenir à une autre religion comme le catholicisme ou le bouddhisme. En effet, actuellement, on peut considérer qu'au Japon, shintoïsme et bouddhisme exercent une influence d'égale importance, d'autant qu'ils ne s'excluent pas l'un l'autre : la plupart des Japonais sont à la fois shintoïstes (pour les grands événements de la vie comme naissance, mariage…) et bouddhistes (pour la mort et le culte des ancêtres). C’est ce syncrétisme religieux qui caractérise la majorité de la population japonaise.

  CONCLUSION :

Pour finir nous disons que le shinto est intrinsèquement lié à la culture japonaise. De même on ne peut pas parler du Japon sans faire une allusion au shinto. Et le goût de la nature véhiculé par le shinto favorise une meilleure protection de l’environnement, ce qui ne peut faciliter les actions des groupes écologiques comme Greenpeace ou  W.W.F.