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Le chômage des jeunes au Sénégal

Les événements de mars 2021 ont le mérite de rappeler aux pouvoirs publics la nécessité de résoudre la question du chômage chronique des jeunes afin de construire un modèle de développement plus riche en emplois et porteur de plus de cohésion sociale et de stabilité. Avec une population juvénile à plus de 60 %, le SÉNÉGAL est dans l’urgence absolue de gérer la problématique de l’emploi des jeunes qui constitue une véritable bombe à retardement à désamorcer par tous les moyens. Ce serpent de mer qui a fait face à tous les régimes atteint des proportions inquiétantes qu'il urge de réguler. Les causes du chômage endémique sont multiples et variées. On retrouve la démographie exponentielle induisant un nombre croissant de jeunes à insérer, une faible absorption des jeunes formés par le marché de l’emploi, due principalement à un faible tissu économique. Il s’y ajoute une inadéquation de la formation aux besoins du marché surtout causée par un système éducatif désuet et une offre de formation inadaptée. En outre, nous avons également le manque d’information sur les opportunités d’emplois et surtout la faible implication des jeunes pour cette quête à l’information sur le marché de l’emploi. L’Etat, malgré ses efforts et les différents programmes offre peu d’emplois pouvant impacter réellement sur le taux de chômage.

C’est dans ce sillage qu’il faut saluer la mise en place du programme d’urgence pour l'emploi des jeunes qui devrait avec une approche holistique s’appuyer sur plusieurs leviers pour apporter un début de solution.
Au regard de tous les freins socio-économiques favorisant le chômage des jeunes, l’auto-emploi semble être l’un des piliers sur lequel l’Etat compte pour booster le marché de l’emploi. En effet, il constitue une alternative crédible permettant d’absorber un grand nombre de demandeurs d’emploi. Une entreprise créée, c’est au moins un emploi créé. Il est important d’accompagner les jeunes entrepreneurs dans le financement, l’accès aux marchés nationaux et internationaux, un régime fiscal dédié et surtout à la mise en place d’une véritable chaîne de valeur afin d’accroître leurs marges.


Cependant, malgré les différents programmes et financements l’entreprenariat tarde à prendre son essor du fait de la place de l’informel dans le marché et les échecs des jeunes entrepreneurs. En effet, les nouvelles entreprises ont un fort taux d’échec dans les premières années. Mal préparés et n’ayant pas un « mindset » indispensable pour faire face aux défis à rencontrer, les jeunes entrepreneurs abandonnent leurs projets entrepreneurials et viennent grossir le nombre de demandeurs d’emplois. Ce sentiment d’échec qui les anime ne favorise pas la possibilité de rebondir. À cet effet, il est important d’intégrer dans les programmes, des renforcements de capacités sur les « Soft Skills » afin de permettre aux jeunes entrepreneurs d’avoir les aptitudes et attitudes nécessaires pour une bonne gestion des obstacles éventuels dans leurs parcours entrepreneurials. Ainsi, ils sauront apprendre et s’adapter afin de réussir. En outre un mentorat des jeunes entrepreneurs par des séniors et un partage d’expérience renforceront les capacités des jeunes face à l’échec.

 
Beaucoup d’entreprises souffrent du déficit de qualifications des demandeurs d’emplois, ce qui ne favorise pas assez leur développement. C’est dans ce sens que l’Etat doit jouer un rôle plus important afin de rendre beaucoup plus efficientes les politiques en matière d’insertion et d’emploi des jeunes. Ainsi avec une reforme du programme scolaire, les métiers STEM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) et la formation professionnelle seraient plus valorisés et permettraient l’acquisition de compétences des futurs demandeurs d’emploi dans différents secteurs d’activité. En outre, cette lancinante question de l’adéquation entre la formation et l’emploi, devrait impliquer les acteurs sociaux : patronat, syndicats et organisations professionnelles de métiers dans le processus de formation des jeunes.

C’est dans ce sens que la convention Nationale Etat-Employeur trouve son importance et nécessite une plus large diffusion et d’adhésion des différents acteurs socio-économiques. Il est également nécessaire de veiller à la qualité des produits et services proposés par l’entrepreneur. En effet, partant du principe que « le client est roi », le satisfaire devrait être le credo pour tout entrepreneur afin de le fidéliser et de gagner de nouvelles parts de marchés. C’est un aspect fondamental dans le développement d’une entreprise que beaucoup de jeunes entrepreneurs peinent à gérer convenablement.


Pour réduire de manière drastique la précarité sociale croissante chez les jeunes, il est aussi nécessaire de faire l’évaluation des différents programmes déployés, développer des systèmes de financements innovants, garantir leurs projets auprès des banques, fédérer les micros projets similaires de jeunes afin d'avoir plus de poids dans le marché. Il faudra également rendre effectif le parcours de l'entrepreneur et du demandeur d'emploi afin de permettre une bonne lisibilité du marché de l’emploi. Enfin, nous devrons surtout vendre le « Rêve Sénégalais » dans la conscience de tout jeune, car il est porteur d’un potentiel important pour le développement du pays.
En définitive, la lutte contre le chômage devrait être une cause nationale nécessitant la contribution de tous les acteurs de la société. Une meilleure articulation des politiques d’emplois adossée à une vision claire, comprise et adoptée par tous devrait favoriser les premières victoires des nombreuses batailles à faire pour l’émergence de notre pays.

Jérôme Baptiste Diouf

Conseiller en Insertion/Coach en Entreprenariat

77 434 82 53

Baptiste240@gmail.com